La situation de la droite actuelle en France est assez affligeante. Alors que la gauche arrive à se soutenir tout en s’étripant, la droite au sens large devient peut-être un peu plus polie mais
continue à refuser tout arrangement électoral. Nous savons que le véritable salut ne peut pas venir des urnes. Mais la situation actuelle semble nous conduire vers le pire, en livrant tout le
pouvoir à la gauche, dans un véritable suicide collectif de droite.
Tous coupables
Il est de bon ton de reprocher à la droite parlementaire son ostracisme vis-à-vis du FN. Et ce reproche est certes tout à fait fondé. Mais c’est oublier un peu vite que le FN aussi, de son côté,
ne manque pas de mettre de l’huile sur le feu : c’est Jean-Marie Le Pen lui-même qui a refusé une alliance de fait aux élections régionales de 1998.
A tout péché miséricorde
Si tous sont coupables, qui fera le premier pas ?
Pour sortir de cette situation, il faudrait à la fois un grand sens de la justice et un grand sens du pardon. Sens de la justice, car chacun a des choses à reprocher à l’autre, même s’il semble
que le FN a plus de choses à reprocher à la droite que l’inverse. Sens du pardon, pour ne pas ressasser indéfiniment les mêmes griefs, et arriver à une courtoisie constructive.
Et si cela ne se fait pas ?
Sans un minimum d’accord à droite, Sarkozy ne peut pas être élu, et les députés seront très majoritairement de gauche, surtout avec le nombre de triangulaires annoncées.
Et il n’est pas du tout certain que cela provoquera une véritable rupture à droite : qui peut raisonnablement penser que le FN pourra devenir majoritaire, même avec l’appui de certaines
personnalités de droite ?
En tout cas, la gauche pourra casser beaucoup de choses en cinq ans, et il n’est pas sûr que ce sera réparable : qui osera revenir sur la régularisation ou la naturalisation des
allogènes ?
Tout le monde y perdra
Le FN veut peut-être « punir » la droite en la faisant perdre.
Mais le FN n’y gagnera rien, en tout cas pas à court terme, et sans doute pas à moyen terme non plus. En particulier, il risque de n’avoir quasiment aucun député.
Si j’étais un électeur de Sarkozy, un de ces millions de braves gens qui ont un bon fond mais qui lisent trop le Figaro et pas assez Présent, quelle serait mon attitude si Marine n’appelle pas à
voter Sarkozy le 6 mai ?
Si Sarkozy gagne quand même, je me dirais que l’UMP a gagné tout seul, et qu’il peut bien continuer à gagner tout seul. En cas de duel FN – Gauche, il est probable que je ne me sentirais peu
concerné.
Si Sarkozy perd, je crierai vengeance ! C’est à cause de Marine que Sarkozy a perdu, je vais le faire payer au prix fort ! Jamais je ne voterai pour un candidat FN, qui joue le jeu de
l’ennemi !
Donc pas (ou très peu) de députés FN.
Et quelle pourrait être au contraire mon attitude si Marine soutient Sarkozy ? Une attitude qui sera forcément marquée par une certaine reconnaissance. En cas de victoire, je saurais que
cette victoire lui est due en partie, et donc je serais enclin à renvoyer un peu l’ascenseur. Finalement, « ces gens-là » ont un meilleur fond que ce que je pensais. Et si nous perdons,
je n’aurais rien à reprocher au FN, je pourrais même me dire qu’avec un peu de chance une majorité « droite + FN » peut arriver au Parlement et gêner le pouvoir socialiste, donc tout
n’est pas perdu.
Et donc ?
Mélenchon n’a demandé aucune contrepartie au PS pour donner son soutien, mais il sait qu’il aura quand même une contrepartie. Il faut que Marine ait encore plus de courage et de sens de la
France : pour éviter cinq années de malheurs à notre pays, elle doit soutenir Sarkozy. Même unilatéralement. Même avec toutes les réticences oratoires possibles.
Elle doit le faire, et non pas laisser chaque électeur le faire « en conscience ». Elle doit le faire en tant que chef, sinon elle n’en retirera rien pour elle ni pour le Front en tant
que tel. En le faisant, elle aidera sans doute un peu Sarkozy, mais surtout elle parachèvera son travail de dédiabolisation.
C’est le seul moyen pour le FN d’exploiter sa victoire du premier tour. Sans cela, le FN n’aura pas de députés, il ne pèsera sur rien, et ses électeurs finiront par se lasser d’un parti avec
lequel on n’arrive à rien.
Il faut des députés FN. Il faut que le FN joue un rôle. Sinon le score du premier tour n’aura pas eu de suite concrète. Et l’ensemble « naturalisations + droit de vote aux étrangers »
diluera mécaniquement le vote FN.
"Une France à droite, totalement dirigée par la gauche", cela peut mener à la même chose qu' "une France catholique menée par des anticléricaux" entre 1880 et 1914... avec les résultats que l'on sait...
Charles Rosiers - charles.rosiers@gmail.com